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Difficile
d'éviter que la crise grecque qui a réveillé nos partenaires européens
nous oblige à prendre des mesures d'assainissement courageuses. Elle les a
réveillés pour la sauver de la faillite, mais elle a aussi fait prendre
conscience à tous des mesures de rigueur qui s’imposent. Rigueur pour nos
finances publiques, lucidité pour ne pas nier l’évidence et prendre des
mesures que n’importe quel « bon père de famille » soucieux de sa survie
mettrait automatiquement en place. Oui au dialogue social, mais attention
à ne pas se laisser dépasser, il faut maintenant trancher, ne pas se
laisser duper par nos homologues socialistes, pour assainir notre
économie, pour continuer les réformes nécessaires dont celle des
retraites, pour retrouver notre compétitivité et notre rang dans l’Europe
face au reste du monde.
BRUTALE
PRISE DE CONSCIENCE
A/ La France demeure
suffisamment crédible pour
être le premier emprunteur de la zone euro. Alors que les limites
imposées par Maastricht- 3 % du PIB pour le déficit et 60 % pour
l’endettement- ont depuis longtemps volé en éclats dans nombre de pays,
la France maintient son AAA, ce qui lui permet d’emprunter à long terme à
un taux de 3 % et de trouver des liquidités. Cette année, nous
emprunterons 454 milliards dont 17 iront compléter les 110 prêtés par
l’ensemble des partenaires européens. C’est normal, la France est riche
de sa capacité d'emprunt...
Le
Portugal et l'Espagne sont les deux prochaines victimes potentielles au
sein de la zone euro d'un effet domino de la crise. La France n’est pas
encore visée, même si des signes avant coureurs affaiblissent à terme
notre notation. Le différentiel des taux d'intérêt avec l'Allemagne est
de plus en plus important. Nous empruntons à 3 %, nos voisins d'Outre
Rhin à 2,5 %, d'où les inquiétudes de notre ministre du budget et des
agences de notation qui viennent de dégrader la note de la SNCF alors
même que cette société publique est totalement garantie par l'Etat.
On
nous dit que la Grèce a un déficit de 13,6 % du PIB, une dette de plus de
120 % du PIB, qu’un actif sur quatre est payé par la fonction publique et
que ses dépenses publiques ont explosé
Qu’en est-il pour notre pays ?
B/
Les principaux indicateurs sont rouges
Tous les avertisseurs budgétaires clignotent : chômage, déficit, dette,
prélèvements. L’Etat vit à crédit à mi-année. Comme si un ménage
empruntait le 15 de chaque mois pour joindre les deux bouts.
Une dette publique multipliée par 25 en
trente ans
Notre pays n'a pas équilibré ses comptes publics une seule fois depuis
1974. Pour avoir accumulé, depuis trente cinq ans, des déficits, l’Etat
français est très endetté. La somme des emprunts du passé constituant la
dette de l’Etat, la France est, avec 1639 milliards d’euros prévus en
2010 soit 84 % du PIB, devenue le quatrième Etat le plus endetté de la
zone euro derrière l’Italie, la Grèce et la Belgique, et le cinquième de
l’Union européenne après la Hongrie. Elle était 8ème en 2004.

Un déficit qui explose
Face à un
déficit qui devrait atteindre cette année les 8 % du PIB soit plus de 140
milliards d’euros et la crainte de perdre la notation « triple A » qui
permet d’emprunter moins cher, le gouvernement vient de s’engager à le
ramener de 6 % l’an prochain à 3 % en 2013.Pour cela, il faut trouver une
centaine de milliards d'euros... Autant dire qu'il reste un long chemin à
parcourir. A titre indicatif, le non remplacement d'un fonctionnaire sur
deux à la retraite ne fait qu'économiser 500 millions d'euros
annuellement. Toujours à titre indicatif, l'Etat français dépense 100
milliards d'euros de plus par an que l'Italie ou l'Allemagne pour
administrer le pays.

Pour
l'Etat, les salaires de la fonction publique représentent 41% du budget, et il y a 5,3 millions d’agents dans
le public, soit 21% de l’emploi total
en France.
Près de la moitié appartient à la fonction publique de l’Etat (47 %), un
tiers (33 %) à la fonction publique territoriale (FPT) et 20 % à la
fonction publique hospitalière (FPH). On compte aussi 131 000
bénéficiaires d’emplois aidés : contrats d’accompagnement dans l’emploi,
contrats d’avenir, et encore quelques emplois jeunes, contrats emploi consolidé
(CEC) et aides éducateurs. Les fonctionnaires français pourront-ils
échapper au régime de rigueur de leurs collègues espagnols, grecs ou
irlandais, dont les traitements ont été revus à la baisse ?
Des dépenses publiques qui augmentent
Avec 56 % du PIB
en 2009, la France n’est dépassée que par la Suède et le Danemark au sein
des pays de l’OCDE. Ses dépenses augmentent de 3 % par rapport à l’an
dernier. Pourtant la France s’était engagée auprès de ses partenaires
européens à ce que les dépenses publiques ne progressent pas plus de 0,9
% en volume chaque année entre 2010 et 2013.

Face à ce
constat alarmant, la réforme des retraites apparait plus que jamais
nécessaire. Notre système de retraite est un système par répartition :
cela signifie que les cotisations des 28 millions d’actifs servent à
payer les pensions des 15 millions de retraités d’aujourd’hui. En 2010,
il faut avoir acquis 162 trimestres (40 ans) pour bénéficier d’une retraite
à taux plein, d’une moyenne de 1 400 à partir de 60 ans. Mais fort d’un
déficit de plus de 10 milliards en 2010 et de l’évolution démographique,
ne pas réformer les retraites, c’est s’exposer, d’ici 2050, à un déficit
de plus de 100 milliards d’euros. Cette réforme nous concernant tous,
même si elle ne touche pas ceux qui sont déjà à la retraite, il est
important de bien en comprendre l’origine et les enjeux.
LA
REFORME DES RETRAITES EST INELUCTABLE
A/
C'est une évidence démographique
Notre population
vieillit en raison d’une espérance de vie plus élevée et d’un départ à la
retraite précoce dont l’âge légal, faut-il le rappeler, a été abaissé de
65 à 60 ans en 1982 par
François Mitterrand alors même que l’espérance de vie ne cessait
d’augmenter. L’espérance de vie pour un homme était de 63 ans en 1945,
elle est aujourd’hui de 77,8 ans ; les femmes vivaient jusqu’à 70 ans
contre 85 aujourd’hui.
Dans la mesure où il y avait un actif pour trois retraités en 1975, 1,4
pour 1 en 2008 et 0,8 actif pour un retraité en 2020, il parait logique
d’aligner l’âge de la retraite à
l’évolution de l’espérance de vie et d’automatiser cette
adaptation.
Contrairement à
ce que l’on croit, les ressources du système de financement des retraites
sont déjà très importantes : la France
consacre 12,8% de son PIB au financement des régimes des retraites, soit
le 3ème niveau d’Europe.
B/
Aujourd'hui le financement n'est plus assuré :
Déficitaire
depuis 2005, le régime général (CNAV) a affiché en 2008 un solde de 5,6
milliards d’euros. En 2010, ce déficit
atteint 10,7 milliards, soit un quasi doublement en deux ans.
Même sous l’hypothèse optimiste du retour à une croissance de 2,5 % par
an à partir de 2011, et d’une croissance de la masse salariale de 5 % par
an, on prévoit une dégradation supplémentaire du solde de la CNAV
d’environ 1 à 1,5 milliards par an. Aujourd’hui,
une retraite sur dix n’est pas financée et si nous ne faisons rien, ce
sera une sur six en 2030. En 2050, le déficit prévu sera supérieur à 100
milliards d’euros par an si rien n’est fait.
LES SOLUTIONS EN DISCUSSION
A/
La seule solution crédible : travailler plus sans augmenter les
cotisations
Face à la
situation des régimes des retraites, le Président de la République a
réaffirmé sa volonté de ne pas baisser les pensions et de ne pas
augmenter les cotisations déjà très élevées en France (29 % des salaires
contre 18,5 % en Suède et 19 % en Allemagne). L’espérance de vie ayant
considérablement augmenté entre 1945 et aujourd’hui, il est normal de
travailler plus en reculant l’âge légal de la retraite, en augmentant la
durée de cotisation, en favorisant l’emploi des seniors, dont
l’expérience est un atout pour les plus jeunes.
L’âge légal de la retraite
L’âge
légal du départ à la retraite a été abaissé de 65 à 60 ans en 1982 alors que l’espérance de vie ne cessait d’augmenter.
Le Conseil d’Orientation des Retraites avait fixé à 6,6 milliards d’euros
le gain à l’horizon 2020 d’un passage à 62 ans (effectif en 2016).
D’après le Conseil d’Orientation des Retraites, il faudrait reculer d’au
moins 5 ans l’âge effectif moyen de départ à la retraite d’ici à 2020
pour garantir l’équilibre du système si l’on ne jouait que sur ce
paramètre.
Il n’y a qu’en Italie, et seulement pour les femmes, que l’âge légal du
départ à la retraite est inférieur à 60 ans. Dans tous les autres pays d’Europe, l’âge légal de départ à la
retraite est supérieur à 60 ans et, dans plus de la moitié
d’entre eux, il est supérieur ou égal à 65 ans.

Nous n’avons
plus le choix et les Français en sont bien conscients. Si la retraite
était fixée à 65 ans, l’espérance de vie après la retraite resterait
d’une quinzaine d’années.
La durée de
cotisation
A déjà été
allongée de 37,5 ans à 40 ans en 2003, ce qui a permis de diviser par
deux environ le déficit des régimes en 2010. Mais la crise a anticipé de
20 ans les déficits auxquels nos régimes sont confrontés. La chute des
recettes des régimes des retraites en raison de l’augmentation du
chômage, fait que nous avons le déficit que le Conseil d’Orientation des
Retraites, prévoyait pour 2030.
L’emploi des
séniors
38,3 % des
seniors entre 55 et 64 ans travaillent en France, contre une moyenne de
46,6 % dans l’Union européenne. La France se situe au 19ème rang sur 27.
Cessons de croire qu’il faut faire partir les séniors pour donner du
travail aux jeunes. C’est une erreur économique. La meilleure preuve en
est que nous avons un taux d’emploi des seniors parmi les plus faibles
d’Europe et un taux de chômage chez les jeunes parmi les plus élevés (19
% fin 2008 contre 15,6 % en Europe). Il faut renforcer en France la place
que devraient avoir les seniors compte tenu de leur expérience, renforcer
les liens intergénérationnels créateurs de richesses pour l’entreprise
comme pour la famille. C’est la raison pour laquelle une augmentation de
la surcote est envisagée en cas d’allongement de la durée d’activité pour
ceux qui continuent à travailler alors qu’ils ont dépassé l’âge de la
retraite et qu’ils ont tous les trimestres nécessaires pour avoir une
retraite à taux plein.
Comparaison internationale du taux d’emploi des séniors (source OCDE)

B/
La solution démagogique et illusoire : augmenter les cotisations
Le
poids des prélèvements obligatoires est déjà très élevé en France par
rapport à nos principaux partenaires : 43% en 2008 contre 36 % en
Allemagne et 33 % en France. Augmenter les cotisations retraite
reviendrait en réalité à amputer le pouvoir d’achat des actifs, à menacer
la compétitivité des nos entreprises en augmentant le coût du travail en
France, à détruire des emplois. Théoriquement, pour aboutir à une réforme
des retraites exclusivement financée par une hausse des cotisations, la
hausse de la pression fiscale serait telle qu’elle détruirait à terme
plus de 700 000 emplois. Le taux de chômage augmenterait de trois points
ce qui pèserait défavorablement sur le PIB et donc sur la croissance.
« Travailler plus parce que la
vie nous le permet et la concurrence mondiale, au moins pour les
prochaines années, nous y oblige » soulignait Gérard
LONGUET. « La France recèle de
vraies ressources, de vraies capacités de rebond mais ne nous croyons pas
trop riches, soyons réalistes et prenons les mesures qui s’imposent
pendant qu'il est encore temps. »
C’est, dans ce contexte international tendu, dans ce climat de sanction
électorale aux régionales, dans cette fébrilité de pré campagne
présidentielle, que le Président doit prendre cette voie si difficile
mais c'est dans la difficulté qu'il s'exprime le mieux.
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