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MINIMISER

 

C’est le mot employé par Eric Woerth pour justifier les 33,9 milliards de déficit supplémentaires qui ont été votés au Sénat lors de l’adoption définitive du projet de loi de finances rectificative pour 2010 le 25 février dernier. Deux mois après le vote du budget de l’Etat, ce collectif budgétaire intègre le grand emprunt de 35 milliards et prévoit une taxe d’un an, à la charge des banques, sur les primes - les bonus - qu’elles versent aux traders et qui devrait rapporter 362 millions d’euros.

 

Les données sont simples : les recettes augmentent de 3,3 milliards d'euros, tandis que les dépenses connaissent une hausse dix fois supérieure, à hauteur de 33,9 milliards d'euros. Ce collectif nous amène à battre le record du déficit budgétaire qui avait été établi en 2009, pour le porter à 149,2 milliards d'euros, soit une augmentation de 27 % par rapport au montant voté en loi de finances initiale. Ce montant est à comparer aux 270 milliards d'euros de recettes nettes de l'État.

 

 

Telle est, au milieu de la crise que nous traversons, la réalité de nos finances publiques.

 

Premièrement, les prévisions des économistes viennent systématiquement contredire les estimations des services du Ministère. Aujourd'hui, il apparaît que le taux de croissance de 1,4 % devrait finalement être deux fois supérieur à ce qui était annoncé en décembre et le rythme de la reprise semble beaucoup plus soutenu que prévu.

 

Deuxièmement, il est constaté que le pacte de stabilité européen ne soit pas respecté. En vérité, il devient habituel que la France ne tienne pas les engagements pris et que les échéances soient sans cesse reportées.

 

Troisièmement, l'effet qu'aura ce grand emprunt national sur la croissance est difficilement mesurable. M. le rapporteur général du budget estime qu'il entraînera une augmentation de 0,3 % du PIB, soit l'épaisseur du trait… surtout que c’est invérifiable.

 

Je  m'étais prononcé, à Versailles, en faveur du lancement d'un grand emprunt, parce qu'il s'agissait alors, pour le Président de la République, de rassurer l'opinion publique sur la solidité du système bancaire.

 

Cependant, la situation ayant évolué extrêmement rapidement depuis lors, on peut se demander aujourd'hui en quoi une telle opération était encore nécessaire. À l'occasion de la discussion budgétaire, j'avais suggéré d'y renoncer. Cette suggestion n'a pas été retenue. Et bien qu’un certain nombre de mes collègues militait pour un montant atteignant 100Md€, le gouvernement a endigué cette addiction en le limitant à 33Md€ dont seulement une partie des 22Mds serait finalement disponible.

 

Finalement, notre ministre a, comme il le dit lui-même, « minimisé l’exercice » pour faire accepter ce montant de 35 milliards relativement faible au regard de la situation actuelle des finances de l'État, marquée par un déficit de 150 milliards d'euros…

C’est une interprétation qui n’enlève rien à l'incompréhension, sinon à la colère, des acteurs de la sphère réelle de l'économie.

 

Au moment où la Grèce est en difficulté et l'euro attaqué, où tant d'instances mettent l'accent sur la nécessité de maîtriser les déficits publics, ce grand emprunt apparaît totalement inopportun ! Nous avons déjà oublié les conclusions des rapports Camdessus, Attali et Pébereau, les recommandations de l'OCDE ou de la Cour des comptes qui, dans son dernier rapport, soulignait que les dépenses publiques avaient augmenté de 2,6 % en volume au cours de l'année 2009.

 

Finalement, une nouvelle commission Camdessus devrait se pencher sur la question des déficits…

 

En réalité, la problématique des finances publiques est simple : il y a d'un côté les prélèvements obligatoires, de l'autre la dépense publique.

 

S'agissant des prélèvements obligatoires, le bouclier fiscal a fort heureusement été maintenu. Toutefois, je constate que ce collectif budgétaire comporte une augmentation de 2 milliards d'euros des recettes fiscales. Bien que les prélèvements soient tombés à 40,7 % de notre PIB, la France reste championne du G20 en matière de prélèvements obligatoires.

 

La tentation est forte de créer toute sorte d’impôts, par exemple sur les bonus des traders, la taxe carbone, la taxe pour financer le RSA, la taxe pour financer la télévision publique.

 

 

Reste le problème de la dépense publique. Nombre de mes collègues ont fait l'éloge de la révision générale des politiques publiques, la RGPP. Pour ma part, je peine encore à percevoir ses effets. En effet, économiser 6 milliards d'euros n'est pas suffisant : au regard des 50 milliards d'euros nécessaires, l'écart est considérable ! On aimerait une action beaucoup plus énergique dans le rythme de cette révision.

 

 

Par ailleurs, la crise actuelle a amené le retour de l'État dans la sphère industrielle, par exemple chez Renault, GDF-Suez ou dans l'audiovisuel. Si l'on peut s'en féliciter à certains égards, il est source de contraintes : sur le plan économique, nous savons très bien que l'État ne peut pas s'opposer à la mondialisation, parce que nous avons besoin d'exporter nos produits et d'être compétitifs.

 

Je voudrais en outre souligner que l’Etat triche en externalisant puisque par exemple 60 % des fonctionnaires travaillant sous l’égide du ministère de la culture sont rémunérés par des organismes subventionnés par l’Etat. Autre exemple de fonds non budgétés, à propos du projet du Grand Paris, que nous étudions actuellement sous l'autorité d’une commission spéciale. Il est question d'une dotation en capital de seulement 4 milliards de l’Etat tandis que les investissements devraient atteindre 40 milliards pour la construction des infrastructures qui génèreront entre 30 et 40 milliards de fonctionnement annuel. Il n’est fait nulle part mention de ces charges futures. Voici l’exemple de dépenses non prises en compte par l’Etat.

 

Outre Rhin, à la suite des récentes élections, le gouvernement allemand a décidé, sous la pression des libéraux, de baisser les impôts afin de redonner de la compétitivité aux entreprises et du pouvoir d'achat aux consommateurs. C'est la principale mesure de relance qu'il ait prise ! La France, elle, se contente de maintenir la progression de la dépense publique à un rythme inférieur à 1 % par an à partir de 2011. Une autre voie n’était elle pas possible  en ce qui concerne les dépenses publiques ?

 

Doit-on, pour réveiller les  consciences politiques, limiter les pouvoirs du Parlement à voter des budgets en déséquilibre, et à l’instar de nos voisins d’Outre Rhin, établir une règle constitutionnelle concernant la limitation de l’endettement ? Une telle règle vient en effet d’être adoptée par les Allemands dans le cadre d’un large consensus politique associant le Parti social-démocrate (SPD), l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le Parti démocrate-libéral (FDP) et les Verts.

 

Madame Lagarde, avant M. Fillon, avait prononcé le mot de faillite. Le Président de la République, s'exprimant en janvier sur TF1, a indiqué qu'il ne voulait pas « conduire le pays à la ruine ». Or l'exemple de certains autres pays européens nous montre que la ruine pourrait nous menacer si nous ne prenons pas rapidement les choses en main.

 

Le Ministre du Budget a annoncé la mise en œuvre dans quelques semaines d'un plan d'économies : nous l'attendons ! Il devra être aussi drastique que ceux qui ont été décidés dans un certain nombre d'autres pays de l'OCDE.

 

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Philippe Dominati

Sénateur de Paris
15 rue de Vaugirard
Palais du Luxembourg
75291 Paris Cedex 06

 

ELECTIONS REGIONALES

Les dimanches 14 et 21 mars prochain, les Français éliront leurs conseillers régionaux. Leur mandat sera de quatre ans, dans l’attente de l’adoption définitive du projet de loi portant réforme des collectivités territoriales.

 

STATUT DE PARIS

Lors de l’audition de Bertrand Delanoë devant la Commission Spéciale chargée de l’examen du texte du Grand Paris, ce dernier a reproché l’attitude du gouvernement lors du régime d’exception mis en place dans le projet de loi sur le travail du dimanche. Ces dispositions avaient été censurées par le Conseil Constitutionnel. Philippe DOMINATI l’a interrompu pour lui signaler que le Conseil Constitutionnel n’avait fait que reprendre les amendements qu’il avait défendu lors de l’examen en séance et lui a reproché l’absence de tous les Sénateurs socialistes parisiens à l’exception de deux.

 

LA REGLE DES « 3 R »

Madame Lagarde, Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi a largement développé dans le « Grand Rendez-Vous » d’Europe 1 sa vision de l’avenir par la règle des « 3 R ». Il faudra amplifier la RELANCE, continuer malgré les difficultés, la politique de REFORMES et être rigoureux dans le REDRESSEMENT des finances publiques. Tout un programme…

 

10 ENGAGEMENTS

SECURITE A L’ECOLE

Devant la multiplication des violences scolaires, Luc Chatel, Ministre de l’Education vient d’annoncer la tenue en avril d’états généraux de la sécurité à l’école. Rappelons qu’en 2004, les ministres de l’Education nationale et de l’Intérieur avaient signé un protocole d’accord contre les violences scolaires, introduisant notamment la notion de « diagnostic sécurité » pour chaque établissement mais aussi la mise en place d’un « correspondant » police ou gendarmerie, chargé de rendre compte mensuellement de la situation au ministère. Enfin, le développement des actions de prévention menées par des représentants des forces de l’ordre dans les établissements était renforcé.

 

RETRAITES : CHIFFRES CLES

§   Les pensions de retraite représentent la première dépense publique avec 270Mds d’euros, soit plus que les dépenses de l’Etat.

§   Dès 2010, une retraite sur dix n’est pas financée

§   En 1975 : 3 actifs cotisants pour un retraité

§   En 2008 : 1,8 actif cotisant pour un retraité

§   En 2018 :1,5 actif cotisant pour un retraité

§   En 2050 : 1,2 actif cotisant pour un retraité

§   14 millions de retraités aujourd’hui, 29 millions en 2050.

§   L’âge effectif actuel de départ à la retraite des salariés du privé est de 61,5 ans contre 57,6 ans chez les fonctionnaires.

 

LOI CONTRE LES VIOLENCES EN BANDE

A l’école et dans les stades. Cette loi, qui vient d’être adoptée au Sénat, prévoit la création d’un délit de participation à un groupe violent, passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.

 

SHOOT « PROPRE »

Telle est l’ambition affichée des prosélytes de l’installation de salles de shoot à Paris. L’adjoint au Maire de Paris chargé de la santé veut en effet mettre en place des salles de consommation afin « dans un environnement sécurisé, d’éviter la transmission du sida et de l’hépatite C ». Le gouvernement s’est dit opposé à un tel projet. « Nous ne cherchons pas à accompagner les usagers, mais à les sortir de la drogue. Faciliter les usages est une forme de désespérance » a souligné Etienne Apaire, président de la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie.

 

SERVICE CIVIQUE

Alors que le dispositif actuel n’a connu qu’un succès limité, le nouveau dispositif proposé par Martin Hirsch prévoit que tout jeune de moins de 25 ans qui travaille dans un organisme à but non lucratif et assure une mission d’intérêt général, pourra être éligible au service civique pendant une période pouvant aller de 6 à 12 mois. Il touchera ainsi une indemnité entièrement prise en charge par l’Etat, qui pourra varier entre 540 et 640 euros mensuels.

 

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