Le hold-up parisien !

 
        Mercredi le Sénat a dû se résoudre à voter la réforme du statut de Paris. Ce fut l‘occasion de mener un combat pour rendre inconfortable ce projet dangereux pour la capitale. Tous les présidents de la Ve République se sont impliqués dans l‘organisation institutionnelle de notre capitale. Le général de Gaulle a créé les huit départements de la région île-de-France ; Georges Pompidou s‘est intéressé à l‘urbanisme ; Valéry Giscard d‘Estaing, après des siècles de tutelle, a doté Paris d‘un maire ; François Mitterrand, après avoir tenté de disloquer la municipalité, a, face à la résistance de Jacques Chirac et du Sénat, finalisé ce long cheminement de la capitale vers ce statut de droit commun par la loi Paris-Marseille-Lyon. Quant à Nicolas Sarkozy, il a lancé le concept innovant et futuriste du Grand Paris et de sa métropole. De tous les présidents, seul François Hollande ne s‘est jamais réellement exprimé, pas même sous la forme de confidences qu‘un président ne devrait pas dire…
        Mais malheureusement pour les Parisiens, il a cédé aux demandes de sa majorité pour modifier avant la fin de son quinquennat le statut de la ville. Ce projet de loi est donc illégitime.

 

Un projet rétrograde

 
        Ce projet est dangereux et rétrograde car il rétablit un statut d‘exception à la plus grande commune de France, sous prétexte qu‘il s‘agit de notre capitale. Jusqu‘à ce jour, la tentation a été grande pour tous les gouvernements d‘intervenir dans la gestion municipale. Mais Paris a été protégée parce que son sort était lié à celui de Marseille et Lyon. Et l‘on ne pouvait rien modifier à Paris sans que cela ne modifie la gouvernance de Lyon et Marseille.
        Mais les socialistes ont ouvert la boîte de Pandore et, avec cette réforme qui a pour seul but d‘assurer un confort électoral futur, ils permettent au gré des alternances  nationales de remettre les Parisiens sous la tutelle de l‘Etat jacobin.

 

Le mépris comme méthode

 
        La manière est illégitime. Ils ont choisi une procédure insidieuse. L‘usage en matière de collectivités territoriales, surtout lorsque qu‘elles ont l‘importance de Paris, est d‘utiliser au Parlement la procédure normale, c‘est-à-dire laisser aux deux chambres le temps de la réflexion, de la concertation, et permettre au Parlement de trouver un consensus. Sous la mandature précédente, tous les projets de ce type, qu‘il s‘agisse de Paris ou de l‘organisation territoriale du pays, ont fait l‘objet d‘une loi avec deux lectures dans chaque chambre. Ce gouvernement, probablement assuré d‘un soutien populaire sans précédent, se permet à quelques semaines de la fin de la législature d‘engager la procédure accélérée, qui permettra in fine d‘imposer sa vision partisane. D‘ailleurs, il est facile de constater que les Parisiens ne sont nullement informés de cette modification institutionnelle les concernant. C‘est sans précédent dans l‘histoire de Paris. C‘est d‘ailleurs pour cette raison que, dans le débat tactique des amendements, j‘ai proposé à diverses reprises que les Parisiens soient consultés par référendum.

        Car il est paradoxal que l‘on puisse le faire pour l‘aéroport de Notre-Dame-des-Landes, comme pour la fusion des deux départements d'Alsace ou l'adaptation du statut de la collectivité territoriale de Corse. Bien évidemment, ces donneurs de leçons, ces soi-disant représentants de la démocratie locale, se sont arc-boutés à la défense de ce projet peu glorieux, auquel ils veulent donner le moins de publicité possible.
        Le texte voté a été suffisamment amendé pour en démontrer l‘ineptie et rendre impossible tout projet raisonnable avec ce pouvoir finissant. J‘ose espérer que cette réforme pourra encore être stoppée. Mais si tel n‘était pas le cas, l‘attitude de la gauche nous permettra sans regret d‘abroger d‘un trait de plume cette loi scélérate.

La liaison dangereuse
 
        Le Sénat a également examiné le projet de loi relatif à la liaison ferroviaire Charles-de-Gaulle (CDG) Express, qui reliera, à horizon 2023, l‘aéroport de Roissy à la gare de l‘Est en 20 minutes. Depuis quarante ans, le deuxième aéroport d‘Europe a la particularité de ne pas avoir de liaison directe avec la capitale. Cette responsabilité est celle de l‘Etat et ce sujet a été maintes fois abordé au cours des dernières décennies. Je suis évidemment favorable à une telle liaison et j‘ai plaidé pour sa réalisation lorsque nous avons débloqué plus de 30 milliards lors de la réalisation du Grand Paris Express.

        Mais la solution que nous propose aujourd‘hui le gouvernement, sous le prétexte de l‘urgence et par voie d‘ordonnance, est une solution ancienne qui a déjà fait preuve de son inefficience, puisque malgré un investissement de l‘ordre de 1,6 milliard d‘euros, ce système sera probablement lourdement déficitaire dans son fonctionnement. En effet, un couple devra débourser 48 € en partant de la gare de l‘Est pour se rendre à Roissy, alors qu‘à ce jour, la liaison actuelle en bus pour des destinations touristiques (Champs-Elysées, Trocadéro, Châtelet) est de l‘ordre de 22 €, et de 40 € si l'on fait appel aux services d'un VTC.

        Je suis d‘autant plus gêné que cette ancienne solution est remise sur la table par des acteurs qui, il y a dix ans, ont échoué dans le projet de concession mais qui, entre temps, ont modifié la gouvernance d‘Aéroport de Paris. Le gouvernement socialiste, adepte pour la circonstance de la privatisation de nos aéroports, compte instituer une taxe nouvelle de 1 € pour tous les passagers des aéroports parisiens à partir de 2023 ! Le libéral que je suis ne peut accepter un projet de ce type, financé par une nouvelle taxe. Mes collègues, convaincus de l‘urgence de proposer une telle liaison dans la perspective des Jeux Olympiques et de l‘exposition universelle, ont préféré consentir, avec quelques réserves, à ce projet bancal. Désormais, le dossier est ouvert…
Retrouvez les moments forts de mes interventions durant la discussion du texte en séance publique.
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